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Page d'accueil Histoire des Babut

 

Préface

Moulins… Aujourd’hui petite ville de la province française, chef lieu du département de l’Allier, baignée par la rivière du même nom, jadis capitale du Bourbonnais et résidence des ducs de Bourbon.

Or donc, en l’an 1368, dans la commune de Billy au sud de Moulins, le duc Louis II de Bourbon faisait bâtir un nouveau château où il reçut en 1371 celle qui devait bientôt devenir sa femme, la gracieuse Anne d’Auvergne et, ensuite, son ami Duguesclin.

Jean Babutte, secrétaire du Roi Charles VI et de Louis II de Bourbon, faisait élever dans le même temps un hôtel sis aujourd’hui au numéro 69 de la rue d’allier à Moulins. Un bâtiment assez important, de forme carrée, avec cour intérieure.

L’endroit choisi était " proche du pré Ballaval, dans lequel il faut voir sans doute l’actuelle place de la gare, et au milieu duquel se trouvait une motte dont tirait son nom la très ancienne famille Babutte ou de la Butte. " (Les fiefs du Bourbonnais, par Aubert de la Faige et Roger de la Boutresse)

A côté des combles de l’hôtel se profile l’élégant pignon gothique d’une chapelle, encore nommée chapelle Babute. Existait-elle déjà à l’époque ou jean Babutte entama la construction de l’hôtel ? La chose paraît à tout le moins probable. Ce qui est moins avéré, c’est que Marie Babutte, sœur de Jean, testant le 12 décembre 1381, y aurait fixé sa sépulture. Car on ne voit pas très bien comment la chapelle étant à l’étage, on eût enseveli un corps entre plancher et plafond…

Cette Chapelle donna en tous cas lieu à de très nombreuses contestations entre la famille Babute et le prieur des Bénédictins de Souvigny :

" Jean Babute avait obtenu du pape Clément VII la permission de bâtir une chapelle en la ville de Moulins et dans sa forteresse. En conséquence de quoi il se mit à l’ouvrage, sans s’inquiéter des droits du prieuré de Souvigny, sous le patronnage duquel étaient placées toutes les églises de la ville.

Mais les bénédictins eurent bientôt connaissance de la contravention du secrétaire du Roi et lui firent défense de continuer sa construction. Babute ne tint pas compte de cette injonction et fit suivre les travaux de la chapelle. Les religieux, forts de leurs droits et voulant résister à tous les empiètements qu’on voulait faire sur leurs privilèges, actionnèrent Babute et demandèrent qu’il fut contraint de démolir son édifice ou, tout au moins, à abattre le clocher et tout autre signe de chapelle.

La cause fut portée devant l’assemblée des grands jours de Moulins en 1418, sous la présidence de Messire Humbert de Boissy, président du parlement de Paris. Les bénédictins firent valoir les titres qu’ils possédaient de toute ancienneté pour empêcher d’élever à Moulins, sans leur permission, ni oratoire ni chapelle. Babute appuyait sa défense sur la bulle du pape Clément VII, mais il cachait une clause : " sauf droit et sans préjudice aucun ".

Les conseillers du duc arrangèrent à l’amiable les deux parties et il fut convenu que :

" Jean Babute dès maintenant, et ses hoirs à perpétuité, paieraient chacun au sur la dicte chapelle à la feste de Noel 20 sols tournois de rente ; que le dit Babute et ses héritiers présenteraient au prieur de Souvigny et à ses successeurs le chapelain à qui ils donneraient la dicte chapelle toutes et quantes fois elle vaquera sans que le prieur puisse le refuser ".

Après cet arrangement la chapelle se termina. Aujourd’hui on en voit la presque totalité, mais elle a perdu tous les caractères qui faisaient d’elle un monument chrétien " (Mgr Auvity, Germigny et sa chatellenie, Paris 1932)

La date de 1418 indiquée comme étant celle du procès ne paraît pas exacte. En effet Jean Babute mourut à Moulins en 1408. Il ne dut pas y être enterré. Nul ne sait s’il fut ramené à Billy où déjà était mort son père en 1382, où s’il fut acheminé vers quelque autre lieu de son opulente famille

Mais encore apparaît-il plus logique d’admettre qu’il fut inhumé aux côtés de son père, dans le château qui fut aux ducs de Bourbon et dont il subsiste de nos jours d’importantes ruines. Car ce château abritait toute une cour, à l’instar de ceux des Rois de France.

Jean laissait un fils, Durand, dont on ignore s’il fut, comme son père, attaché à la personne de son duc. En tout cas ce fils mourut à Billy. Si bien que l’hôtel de Moulins, délaissés par les Babute, passa aux de la Brosse-Cadier dont Marie, sœur de Jean, avait épousé un membre, Guillaume, premier du nom, gentilhomme du duc de Bourbon, fils de Jean et d’Agnès de la Motte-aux-Noyers.

Et du coup les procès reprirent avec les " trop jaloux bénédictins de Souvigny, et ce fut à grand peine que le culte pût y être rétabli jusqu’à la révolution " (Mgr Auvity, Germigny et sa chatellenie, Paris 1932)

Les Cadiers devaient néanmoins conserver l’immeuble jusqu’en 1680 et même le restaurer en 1444. Il le vendirent aux Coiffier, acquéreurs dans le même moment du château Demoret à Trévol, autre commune du Bourbonnais, au nord de Moulins. Peu à peu l’hôtel Babute s’appela hôtel Demoret et la confusion fut telle entre ces deux noms qu’un auteur put parler de Jean Babute sans lui donner jamais d’autre nom que celui de Jean Demoret, dont il dit qu’il fut secrétaire du duc de Bourbon Louis II et qu’il fit bâtir à moulins l’hôtel qui porte son nom. (Allier, Ancien bourbonnais, Moulins, Desrosiers 1836-1838)

Jean Coiffier décora l’hôtel d’une pierre sculptée aux armes écartelées des Coiffier et de Ruzé d’Effiat, famille à laquelle il était allié et dont devait descendre le maréchal de France, père du fameux marquis de cinq-Mars. Cette pierre se voit encore aujourd’hui à la voûte de l’entrée principale de l’hôtel et est semblable à celle que l’on trouve à Demoret.

Confisqué en 1792 sur Simon Coiffier de Demoret, le futur historien, et vendu nationalement, l’hôtel Babute devint, le 4 décembre 1866, la propriété de la ville de Moulins.

" La révolution en fit un passage public dans lequel se tint longtemps la loue traditionnelle des ouvriers agricoles. Cette loue, avant l’ouverture de l’hôtel Babute, se tenait dans une ruelle voisine, aujourd’hui disparue et qui, par une potence ouverte sur l’ancien pont aux canes, permettait de gagner les cultures maraîchères qu’a remplacées le quartier de la gare. " (Les fiefs du Bourbonnais)

On dit indifféremment, de nos jours, hôtel Babute, Demoret ou Moret pour désigner la maison qui sert de logement à l’école de dessin, à la lyre moulinoise, à l’office départemental de placement gratuit et à divers locataires de la ville. (Les fiefs du Bourbonnais)

Jacques Babut du Marès (1930)